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Oui, mais… l’obstruction climatique

9 février 2026
Oui, mais… l’obstruction climatique

Si les changements climatiques font réagir la population et la classe politique, la mise en place d’actions concrètes, pourtant nécessaires, se heurte à de nombreux obstacles. Certains d’entre eux prennent la forme de stratégies discursives qui freinent l’implantation des solutions.

Certains opposants en sont encore à mener des activités de lobbying ou à financer des recherches niant les changements climatiques, alors que les preuves montrant que ceux-ci sont dus à l’activité humaine continuent de s’accumuler.

Comme ils sont scrutés par plusieurs, ils doivent désormais raffiner leurs procédés d’influence. Ainsi, certaines personnes et groupes d’intérêts remettent en question, sèment le doute ou obstruent plus ou moins activement la mise en place des solutions pourtant urgemment nécessaires, sans pour autant nier frontalement ou ouvertement les changements climatiques.

Sous la loupe

Ce phénomène est de plus en plus étudié. Une étude intéressante sur le sujet a été publiée dans la revue Climate le 15 septembre 2025.[1] Les auteurs y développent une typologie des stratégies discursives de l’obstruction climatique.[2]

Parmi les catégories, les auteurs identifient premièrement l’obstruction au phénomène, basée sur trois formes de scepticisme soit la tendance, la responsabilité et la sévérité. Cette stratégie regroupe ainsi les discours qui remettent en question l’existence des changements climatiques et leurs causes humaines, de même que leurs impacts.

La deuxième est l’obstruction à l’action, qui comprend des propositions de solutions non éprouvées, l’écoblanchiment, le transfert de responsabilité, la mise en doute de l’efficacité des politiques climatiques, la recherche de la perfection en matière de politiques et le recours à l’identité culturelle et partisane pour s’opposer à l’action climatique.

La troisième obstruction identifiée est celle de la crédibilité des sources, qui vise à saper la crédibilité des acteurs ou de la recherche climatique en remettant en cause leurs méthodes et leurs données plutôt que de remettre en question l’existence même du phénomène.

Des excuses 

Les discours basés sur ces obstructions encouragent en quelque sorte des propositions menant à l’inaction. Il découle généralement de ce type de discours des affirmations du genre : « Oui, il faut agir, mais ce serait inefficace et trop coûteux », en faisant abstraction des coûts associés à l’inaction ; « Il faut agir, mais ce n’est pas le bon moment », en prenant notamment comme excuse les relations économiques actuellement tendues avec nos voisins du sud. On entend aussi : « Il faut agir, mais plus tard, car il n’y a pas d’acceptabilité sociale ». Tous les lecteurs sauront trouver quelques déclarations passées et récentes impliquant un oui, mais qui mènent à l’inaction.

Une autre source de 2020, reprenant un article de l’Université de Cambridge, avait déjà identifié le phénomène.[3] Bien que la classification soit différente, on y retrouve douze excuses regroupées sous quatre grandes catégories : le détournement de responsabilité, les mesures marginales n’impliquant pas de bouleversements, la complexité de la tâche et la capitulation.

Certains créent même des néologismes comme « climatocyniques » afin de qualifier ceux qui croient aux changements climatiques, mais qui sont prêts à renoncer à la transition écologique au nom de leurs intérêts économiques.[4]

L’évolution associée aux changements climatiques ouvre plusieurs champs de discussion en matière politique, économique, sociale, légale et environnementale. Un aspect essentiel, souvent négligé, repose aussi sur la façon dont nous communiquons entre nous et à nos concitoyens à propos de tout ceci. Après tout, le discours façonne en partie la réalité.

*L’auteur est ambassadeur Fitwel et président du comité des communications de Bâtiment durable Québec (BDQ).


Sources :

2.Traduction libre de « discursive strategies of climate obstruction », aussi nommé DISCO.
3.Wagner, Thomas. (2020). « Climat : les 12 excuses de l’inaction, et comment y répondre ». Bon Pote. Texte disponible au https://bonpote.com/climat-les-12-excuses-de-linaction-et-comment-y-rep….
4.Normand, François. (2025). « Zoom sur le monde ». Les Affaires. Texte disponible au https://www.lesaffaires.com/secteurs/les-climatocyniques-menacent-notre….

Source : Martin Bouchard. B. Sc., M.A


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