Innover en bâtiment : le risque de ne pas innover
Les échecs de certains projets de construction soulèvent des questions légitimes. Mais peut-on remettre en question l’innovation et les choix écologiques à partir de quelques expériences qui ont mal tourné? Pour Bâtiment durable Québec (BDQ), la réponse exige une réflexion plus large sur les conditions nécessaires à une innovation responsable et durable.
Un récent article de La Presse, intitulé « Des choix écologiques qui coûtent cher », présente trois projets immobiliers réalisés sur une période de près de 20 ans et ayant rencontré des difficultés techniques ou financières.
Ces situations méritent qu’on s’y attarde. Les problèmes de conception, de mise en œuvre ou de performance peuvent entraîner des conséquences importantes pour les propriétaires, les occupants et la collectivité. Il est essentiel de les comprendre, d’en identifier les causes et d’en tirer des enseignements.
Toutefois, peut-on réellement tirer des conclusions générales sur l’innovation en bâtiment ou sur les choix écologiques à partir de trois projets confrontés à des enjeux de nature différente?
Pour Bâtiment durable Québec, ces exemples soulèvent une question fondamentale : est-ce l’innovation elle-même qui pose problème, ou les conditions dans lesquelles elle est conçue, évaluée, mise en œuvre et suivie?
L’innovation ne se résume pas à une nouvelle technologie
Lorsqu’on parle d’innovation en bâtiment, on pense souvent à de nouveaux matériaux, à des technologies émergentes ou à des systèmes constructifs inhabituels.
Pourtant, l’innovation va bien au-delà des produits et des technologies.
Elle concerne également les méthodes de conception, les pratiques de construction, les modèles de collaboration, la gestion des bâtiments, le réemploi des matériaux et les façons d’aménager nos milieux de vie.
Sa réussite dépend aussi de la qualité de la conception, de la collaboration entre les acteurs, de la façon dont elle est testée et déployée, du suivi de la performance et, surtout, de notre capacité à partager les apprentissages.
Une innovation, aussi prometteuse soit-elle, ne garantit pas à elle seule la réussite d’un projet.
Sa réussite dépend notamment de la qualité de la conception,de la collaboration entre les acteurs, de la façon dont elle est testée et déployée, du suivi de la performance et, surtout, de notre capacité à partager les apprentissages.
La véritable question n’est donc pas simplement de savoir si nous devons innover, mais comment nous pouvons mieux innover.
Cela implique notamment de tester les nouvelles solutions, de documenter leurs performances, de reconnaître leurs limites et de partager les apprentissages, y compris lorsque les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes.
Ne pas innover comporte aussi des risques
Le secteur du bâtiment fait face à des défis considérables.
La réduction des émissions de gaz à effet de serre, l’adaptation aux changements climatiques, la circularité des matériaux, l’efficacité énergétique, la durabilité des infrastructures et l’abordabilité des bâtiments exigent des transformations importantes.
Dans ce contexte, maintenir systématiquement les pratiques actuelles n’est pas nécessairement synonyme de prudence.
Les approches conventionnelles comportent elles aussi des coûts, des limites et des risques, notamment sur les plans environnemental, économique et social.
Il faut également considérer la performance des bâtiments dans une perspective de cycle de vie. Une solution ne devrait pas être évaluée uniquement selon son coût initial, mais aussi selon sa durabilité, ses besoins d’entretien, sa consommation de ressources, ses impacts environnementaux et ses coûts d’exploitation à long terme.
Innover comporte des risques. Ne pas innover en comporte aussi.
Il ne s’agit évidemment pas d’adopter toute nouveauté sans discernement. Au contraire, l’innovation responsable exige de la rigueur, de la transparence et une évaluation objective des résultats.
Mais les difficultés rencontrées dans certains projets ne devraient pas devenir un argument pour freiner l’évolution de l’ensemble du secteur.
Apprendre des réussites comme des échecs
Depuis plusieurs décennies, les professionnels engagés dans le bâtiment durable contribuent à faire évoluer les connaissances et les pratiques de l’industrie.
Les membres de BDQ, architectes, ingénieurs, entrepreneurs, manufacturiers, chercheurs, gestionnaires immobiliers et donneurs d’ouvrage, participent activement à cette transformation.
Leurs expériences démontrent l’importance de la collaboration entre les disciplines, du développement des compétences, de la mesure de la performance et du partage des connaissances.
Les réussites méritent d’être mises en valeur. Mais les difficultés et les échecs doivent aussi pouvoir être discutés ouvertement.
Une industrie qui partage ses apprentissages, même lorsqu’ils sont difficiles, est une industrie mieux outillée pour progresser.
Plutôt que d’opposer innovation et prudence, nous croyons nécessaire de développer une culture où l’expérimentation s’accompagne de mécanismes appropriés de validation, de gestion des risques et de suivi.
L’objectif n’est pas d’innover à tout prix. Il est de faire progresser les pratiques de façon éclairée, au bénéfice des personnes, des collectivités et de l’environnement.
Poursuivons la discussion en avril 2027
C’est dans cet esprit que Bâtiment durable Québec prépare un événement consacré à l’innovation en bâtiment durable, en avril 2027.
Nous souhaitons y rassembler les acteurs de l’industrie pour explorer les innovations qui transforment déjà le secteur, mais également les conditions nécessaires à leur réussite.
Comment favoriser l’expérimentation sans compromettre la qualité et la durabilité des bâtiments? Comment mieux évaluer les nouvelles solutions? Comment répartir les risques entre les différents acteurs? Et surtout, comment tirer collectivement profit des expériences, qu’elles soient positives ou négatives?
Ces questions méritent d’être abordées collectivement.
Bâtiment durable Québec souhaite contribuer à cette conversation en favorisant le dialogue entre les professionnels, les chercheurs, les manufacturiers, les décideurs et les donneurs d’ouvrage.
Car la transition vers un environnement bâti plus écologique, juste et résilient ne pourra se réaliser sans innovation, mais elle ne pourra pas non plus réussir sans rigueur, collaboration et apprentissage.
Ensemble, transformons le cadre bâti.
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Bâtiment durable Québec (BDQ)
À venir : Symposium - Bâtir autrement: Comment faire émerger l’innovation? — 29 avril 2027.
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