Suivez-nous

Recherche

Faire échec à l’enfouissement des CRD

15 septembre 2026
Faire échec à l’enfouissement des CRD

Récupérer, réemployer, recycler et valoriser. Voilà quatre mots que les différents acteurs de l’industrie de la construction, voire du secteur de la gestion immobilière, ont tout intérêt à intégrer rapidement à leur vocabulaire courant. De savoir que plus de 3 millions de tonnes de résidus CRD sont générées chaque année en sol québécois suffit vite à illustrer l’urgence de retourner la situation.

Bâtiment durable Québec (BDQ) fait le point avec Nicolas Bellerose, conseiller en environnement et aussi spécialiste reconnu des résidus CRD chez RECYC-QUÉBEC.

Quelle proportion des débris CRD issus du secteur du bâtiment est dirigée vers l’enfouissement ?

C’est un peu moins de la moitié (47 %) qui se retrouve directement au dépotoir. Les matières proviennent majoritairement des chantiers à travers la province (environ un million de tonnes), mais on en retrouve également dans les ordures ménagères et dans les ordures des entreprises.

Selon vos observations, ce volume devrait-il être encore à la hausse dans les prochaines années, tant pour l’ensemble de l’industrie que du seul côté du milieu du bâtiment ?

S’il n’est pas à la hausse, il sera sûrement stable. Il n’y a pas encore suffisamment d’incitatifs à la grandeur du Québec pour faire baisser substantiellement les quantités enfouies.

À quels facteurs est-ce plus particulièrement attribuable ?

Les quantités générées sont directement liées à la vigueur du secteur de la construction. Et même si la construction neuve est au ralenti, la rénovation prend souvent le relais, ce qui génère également des déchets. Il n’y a pas non plus de réglementation uniforme qui oblige le passage dans un centre de tri des résidus provenant des chantiers.

Quand le prochain bilan sur les matériaux CRD de RECYC-QUÉBEC, soit celui pour 2025, doit-il être rendu public ?

L’automne 2026 nous sert à faire la compilation des données des dépotoirs de la province et à valider les résultats reçus de notre sondage. Les dernières réponses nous arrivent parfois jusqu’en juin. Le Bilan 2025 devrait donc être diffusé vers la fin de 2026 ou au début de 2027.

Quels sont les matériaux qui se révèlent les plus problématiques sur le plan de la récupération, du réemploi, du recyclage et de la valorisation des CRD ? Et pourquoi ?

Notre attention se porte maintenant vers le bardeau d’asphalte et les revêtements de toiture plate. Le réemploi de ces produits est pratiquement impossible et il ne s’agit pas d’un produit qui offre une bonne circularité parce qu’il n’est pas possible de refaire du bardeau avec de vieux bardeaux. Les changements dans leur composition (remplacement de carton par une feuille de fibre de verre) limitent également leur potentiel calorifique comme combustible alternatif (au charbon) dans les cimenteries. Pour le moment, les bardeaux usagés finissent dans un usage à très faible valeur ajoutée, soit la fabrication de chemins d’accès pour les camions dans les dépotoirs.

Quelles sont les solutions préconisées pour favoriser la circularité de ces matériaux dans le milieu du bâtiment ?

L’idéal serait de préconiser le réemploi des matériaux existants. Même le réemploi des bâtiments existants ! Toutefois, pour réaliser le réemploi, il faut d’abord procéder à la déconstruction. Mais nos bâtiments actuels n’ont pas été préparés pour être déconstruits, ce qui ajoute au défi. Il n’est pas non plus trop tard pour concevoir des bâtiments dès maintenant, qui pourront être plus facilement déconstruits dans le futur. Il faut passer du « Modèle à coller » au « Modèle Lego ».

Des initiatives innovantes ont-elles été mises de l’avant ces dernières années, ou sont-elles en voie de l’être, pour détourner davantage de résidus CRD de l’enfouissement ? Et si oui, pouvez-vous nous exposer quelques exemples ?

Il faut noter l’implication des fabricants de gypse, comme CertainTeed et CGC, dans la volonté de recycler les panneaux de gypse à grande échelle. CertainTeed a obtenu une autorisation environnementale pour recevoir 80 000 tonnes de résidus de panneaux de gypse. CGC réalise actuellement un projet pilote et pourrait, à terme, en accepter également une grande quantité. Considérant le manque criant de débouchés pour ce produit dans les deux dernières années, il s’agit d’une avancée importante qui aura un impact à court terme sur les quantités éliminées.

Quelle est l’importance de redonner une seconde vie aux matériaux CRD, tant sur les plans environnemental qu’économique ?

Dans le cas du réemploi, on évite la production de GES liée à la production et à la distribution de ce matériau. Considérant qu’il peut y avoir des ingrédients ou des composantes qui viennent de loin, c’est un avantage environnemental indéniable. Cet avantage est très variable, que l’on parle du bois, de la brique, de la pierre ou de l’aluminium. D’un point de vue économique, encore une fois avec le réemploi, on se retrouve souvent avec une matière, à portée de main, déjà livrée et prête à être utilisée. Oui, faire de la déconstruction peut prendre plus de temps, mais elle permet des économies sur la reconstruction.

À vos yeux, les entreprises de construction et les professionnels du bâtiment sont-ils davantage engagés envers la circularité des matériaux CRD qu’ils ne l’étaient par le passé ?

Tout à fait et c’est tant mieux ! Nous recevons de plus en plus de questions sur ce qu’il advient des déchets qui sont générés sur les chantiers. Il y a également une conscience du gaspillage qu’il peut y avoir sur certains chantiers. Il y a également des aspects chers à l’industrie, qui viennent, par la bande, influencer la génération de matière résiduelle. Par exemple, tout ce qui touche à la qualité de la construction et des inspections. Une maison bien construite aura moins besoin de changements ou de rénovations plus hâtives. Le choix des matériaux a également une influence sur les matières résiduelles qui seront générées dans le futur.

Comment se déclinent les initiatives de RECYC-QUÉBEC visant à réduire le volume de matériaux CRD qui prennent actuellement le chemin de l’enfouissement ?

Nous intervenons à différents niveaux. D’abord, de l’aide financière, pour faire certains projets de recherche ou encore des projets-pilotes. L’objectif est d’amasser des données et d’aider d’autres acteurs à prendre de meilleures décisions.

Nous regardons également pour favoriser le maillage entre les différents acteurs du secteur. Bien souvent, la communication fait défaut entre les intervenants. Quand chacun comprend la réalité de l’autre, il est plus facile de faire avancer les choses. Il y a aussi du maillage « intra provincial ». On peut nous contacter pour nous soumettre une idée ou un projet qui a déjà été réalisé ailleurs au Québec. On peut ainsi faciliter les contacts afin d’éviter la répétition de certaines erreurs.

Finalement, nous réfléchissons présentement à nos prochaines actions prioritaires à la suite de celles identifiées pour la période 2024-2026. Notre comité d’experts, sur lequel siège Bâtiment Durable Québec, sera mis à contribution pour voir les orientations à prendre.

À la lumière de cet entretien avec Nicolas Bellerose, et en s’inspirant de la célèbre maxime de Lavoisier, on pourrait donc dire : récupérez, réemployez, recyclez et valorisez, il en restera toujours quelque chose…

Source : Rénald Fortier


  Retour